TRON: Legacy // Joseph Kosinski

A sa sortie en 1982, le film TRON de Steven Lisberger a mis en images la notion jusque-là très “virtuelle” de cyberespace. Le film narrait l’aventure de Kevin Flynn (Jeff Bridges), un concepteur de jeu qui se retrouvait transporté à l’intérieur du système informatique de la mégacorporation ENCOM. A l’intérieur du système (la “Grille), Flynn devra affronter la malfaisante intelligence artificielle MCP (Master Control Program) qui a pris le contrôle du système. Dans sa quête pour libérer la Grille, Flynn sera allié à plusieurs programmes sympathisants, Tron et Yori. Lors de son combat contre le MCP, Flynn mettra à jour la corruption du vice-président d’ENCOM, Ed Dillinger.

Presque vingt ans après la sortie de ce film culte, Lisberger a mis en chantier et produit TRON: Legacy, réalisé par Joseph Kosinski. Ce nouvel épisode met en scène le fils de Flynn, Sam (Garrett Hedlund). Lorsque Sam était enfant, son père (devenu entretemps CEO d’ENCOM) a mystérieusement disparu. Devenu un jeune adulte, Sam reçoit un message apparemment envoyé par son père, l’enjoignant à se rendre à la vieille salle d’arcade qui servait jadis d’antre à son paternel. Sans le vouloir, Sam réactive les anciens systèmes de numérisation et se retrouve à son tour propulsé dans le cyberespace. Il découvre un système entièrement sous le joug d’un programme informatique, CLU, qui a les traits de Kevin Flynn. Aidé par la belle Quorra (Olivia Wilde), une “ISO” (diminutif d’algorithme isomorphique, désignant ici une véritable forme de vie née dans le cyberespace – une Intelligence Numérique en somme), Sam va affronter CLU et tenter de retrouver son père, piégé au sein de la Grille depuis près de vingt ans…

TRON: Legacy souffre de nombreux défauts : des problèmes de rythme, un scénario au déroulement simpliste multipliant les allusions à des concepts intéressants mais jamais vraiment exploités… En revanche, le film est une réussite artistique totale : la cure de rajeunissement apportée à l’univers visuel emblématique est un vrai régal pour les yeux. La musique également est très réussie, la bande-originale étant signée par le duo Daft Punk (que l’on devine très encadré par Hans Zimmer) dans un registre que l’on pourrait qualifier d’électro-épique. Les acteurs sont également très bons, et apportent à cet univers virtuel l’humanité nécessaire : mention spéciale à Jeff Bridges qui interprète le double-rôle du “vieux” Kevin Flynn, devenu une sorte de prophète zen de la Matrice, et de CLU, rajeuni de vingt ans par la magie de la performance capture (le résultat est plus convaincant dans le cyberespace que lors des flashbacks dans le monde réel, sans doute car notre esprit, sachant que CLU est supposé être un personnage virtuel, parvient à oublier le sentiment d’uncanny valley). Notons également la présence d’Olivia Wilde, l’atout charme du film, qui avec ce film est sans aucun doute devenue un fantasme instantané pour toute une nouvelle génération de geeks.

TRON: Legacy n’atteindra probablement pas le statut culte de son prédécesseur à cause des faiblesses de son scénario, mais reste néanmoins un pur plaisir visuel et sonore qui se regarde sans déplaisir. Et derrière son histoire en apparence un peu bateau, l’amateur de cyberpunk saura déceler des thématiques réellement intéressantes, particulièrement en phase avec le monde de Shadowrun post-Émergence.

Inspiration Shadowrun : Dans les tréfonds d’un système corporatiste isolé, des formes mineures d’Intelligences Numériques ont commencé à apparaître. C’est l’opportunité d’étudier ces entités méconnues et peut-être de mieux comprendre les circonstances entraînant leur apparition spontanée. Mais le programme de sécurité du système considère ces entités comme “parasites” et entreprend de les traquer pour les effacer. Lorsque la corporation cherche à le désactiver, il devient conscient et prend le contrôle du système. Mr. Johnson a engagé les runners pour pénétrer dans le système afin “d’exfiltrer” les Intelligences Numériques “survivantes”. Mais la situation pourrait engendrer la naissance d’un nouveau Deus…

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