Summer Wars // Mamoru Hosoda

Ne vous fiez pas à son design charmant et à son univers coloré et acidulé. Summer Wars est incontestablement l’un des meilleurs films post-cyberpunk de la dernière décennie, une aventure échevelée et épique proposant une vision particulièrement moderne et réussie du cyberespace, plus proche de réseaux sociaux en réalité virtuelle que des vieilles lignes de codes vertes et autres triangles flottants dans l’éther.

Réalisé par Mamoru Hosoda, l’un des nouveaux réalisateurs-prodige de l’animation japonaise, Summer Wars raconte l’histoire de Kenji Koiso, adolescent un rien nerd doté d’un vrai don pour les mathématiques. Kenji est modérateur d’OZ, un réseau social virtuel devenu omniprésent dans ce futur pas si lointain. Chacun possède un avatar dans OZ, et à peu près tout y est connecté, d’une manière ou d’une autre. Sorte de fusion entre Facebook, Second Life, et la Matrice des romans de William Gibson, OZ a totalement supplanté Internet.

Pas franchement à l’aise lorsqu’il s’agit d’interagir avec les autres dans le “monde réel”, Kenji est donc le premier étonné lorsque sa charmante camarade de classe Natsuki l’invite à venir passer le week-end avec elle dans la maison familiale, en province. Incapable de dire non à Natsuki, Kenji accepte… découvrant bien vite que la jeune fille a oublié de lui expliquer qu’elle a prévu de le faire passer pour son fiancé, afin de faire plaisir à sa grand-mère, la formidable Sakae, qui va fêter son 90e anniversaire. C’est toute la famille de Natsuki, l’étonnant clan Jinnouchi, qui s’est réuni pour l’occasion, et à qui Kenji va devoir donner le change.

Ce qui aurait pu devenir un simple vaudeville romantique va prendre une toute autre tournure lorsqu’OZ se trouve attaqué par une entité appelée Love Machine, une Intelligence Artificielle d’origine mystérieuse qui commence à infecter le monde virtuel et à en prendre le contrôle, semant le chaos dans tout le pays. Il s’avère que Kenji, à son insu, n’est pas étranger à l’ascension de Love Machine… Peut-il alors combattre cette I.A. qui ne cesse de grandir en puissance ?

Summer Wars, c’est d’abord un univers visuel avec OZ, monde surréaliste aux couleurs vives et au rythme frénétique, auquel Hosoda oppose le calme et le naturel de la maison des Jinnouchi et de la campagne environnante. Cette juxtaposition permanente entre réel et virtuel fait tout le charme du film. Au-delà de leurs alter-egos numériques et de leurs aventures virtuelles, les personnages (plus de 80 !) ont une vraie existence et une personnalité dans le monde réel. On apprend très vite à associer chaque avatar à son propriétaire, donnant d’autant plus de portée dramatique au combat livré dans OZ.

L’autre prouesse d’Hosoda, c’est le rythme effréné qu’il impose et maîtrise tout au long du film, sans jamais que ce soit au détriment de l’histoire ou de l’émotion. Véritable course contre la montre, Summer Wars voit son intensité monter crescendo : les séquences drôles, spectaculaires, épiques ou tragiques s’enchaînent de main de maître jusqu’à un climax d’anthologie. On ressort de Summer Wars tremblant sous l’effet de l’adrénaline comme après une virée sur des montagnes russes.

Summer Wars n’est pas qu’un film destiné aux geeks et aux techies. C’est une aventure familiale, au propre comme au figuré. Hosoda embrasse les nouvelles technologies, les associant astucieusement aux traditions séculaires. Et plutôt que de les dénoncer comme destructrices de liens humains, le réalisateur les montre au contraire comme une force fédératrice, à travers laquelle une toute nouvelle société de solidarité et d’échange est en train d’émerger, dans laquelle ces liens ne sont que renforcés.

Lorsque le clan Jinnouchi unit ses forces pour affronter Love Machine, le spectateur sent bel et bien son cœur battre à l’unisson de ceux de Kenji, Natsuki, et tous les héros, réels ou virtuels, de Summer Wars.

Inspiration Shadowrun : La Matrice est tombée sous la coupe d’une IA vicieuse qui semble déterminée à en faire son terrain de jeu privé. Pour espérer triompher, les runners vont devoir la prendre à son propre jeu… mais comment battre une IA programmée pour gagner ?

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