1.Outside // David Bowie

Zik_BowieOutside_ThumbDandy énigmatique, chanteur insaisissable aux mille visages, David Bowie était un authentique artiste de la musique pop, toujours en train de chercher, d’expérimenter, de se réinventer. Il nous a malheureusement quitté le 10 janvier 2016, âgé de 69 ans. Fondation Draco tenait à lui rendre hommage en redécouvrant son album le plus cyberpunk : 1.Outside.

Sorti en 1995, 1.Outside marque la quatrième collaboration entre Bowie et le compositeur Brian Eno, 15 ans après la fin de leur “trilogie berlinoise” (Low, Heroes et Lodger). La voix éthérée de Bowie, à la diction parfois presque mécanique, y accompagne des sonorités électroniques, voire industrielles, entrecoupées de passages au piano chaotiques.

Comme la plupart des albums de David Bowie, 1.Outside est également une œuvre narrative (et volontiers déroutante). L’album, sous-titré The Ritual Art-Murder of Baby Grace Blue: A non-linear Gothic Drama Hyper-Cycle (rien que ça !) dépeint un futur dystopien, à la croisée des chemins entre les Future Shocks de la revue 2000A.D., le Los Angeles de Blade Runner et l’univers de David Lynch (rappelons que Bowie avait un petit rôle dans le film Twin Peaks : Fire Walk With Me).

La narration de l’album suit l’enquête du détective Nathan Adler, enquêtant sur une nouvelle mode macabre : les Crimes Artistiques, où la mise à mort de son prochain est élevée au rang de suprême esthétisme. La dernière victime de ces crimes est Baby Grace Blue, une jeune fille de quatorze ans, dont le meurtre rituel prend des airs de sacrifice païen. L’adolescente devient la victime expiatoire des angoisses apportées par l’approche de la fin du millénaire. Et l’investigation d’Adler, la quête introspective d’un homme recherchant sa propre humanité. Peut-être.

1.Outside est un album étrange, expérimental, suffocant, hanté par des voix désincarnées. Les paroles des chansons sont hachées et déconstruites, Bowie étant adepte de la méthode dadaïste consistant à écrire une phrase puis à la redécouper et en mélanger les morceaux. Musicalement, les morceaux oscillent entre jazz aux accents néonoir (“The Motel”), rock (“Hallo Spaceboy”), et même ballade mélancolique (“Strangers When We Meet”). Certains seront utilisés au cinéma, par exemple dans Se7en de David Fincher (“The Hearts Filthy Lesson”), Lost Highway de David Lynch (“I’m Deranged”) et même Starship Troopers de Paul Verhoeven (“I have not been to Oxford Town”, dans une version renommée “I have not been to Paradise” et chantée par Zoë Poledouris).

S’il ne s’agit certainement pas de l’album le plus facile d’accès du chanteur, 1.Outside est l’un de ses plus intéressants, et ce sur tous les plans. Et à coup sûr, quelque part dans une ruelle sordide de 2076, un samouraï des rues chromé est en train de l’écouter…

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