The Ghost in the Shell 2 : Man-Machine Interface // Masamune Shirow

Après le manga fondateur et les histoires compilées sous l’appellation Human-Error Processor, il est désormais temps pour Fondation Draco d’aborder ce qui reste probablement l’épisode le plus controversé de la saga de Masamune Shirow, à savoir The Ghost in the Shell 2 : Man-Machine Interface. Prépubliée à partir de 1997 dans Young Magazine, cette nouvelle série de 5 chapitres auxquels viennent s’ajouter un prologue et un épilogue se terminera en 2000 et sortira en volume relié l’année suivante.

Pourtant, dès l’avant-propos, Masamune Shirow s’excuse que Man-Machine Interface ne soit en réalité pas une “vraie” suite à Ghost in the Shell (ou en tout cas pas la suite que les fans attendaient) mais plutôt une série avec un style et une ambiance très différents basée dans le même univers. Alors que Ghost in the Shell était un polar cyberpunkMan-Machine Interface est quant à lui davantage un récit d’action et d’espionnage aux thèmes transhumanistes et mystiques, se déroulant principalement dans le cyberespace.

L’histoire se déroule en 2035, cinq ans après la conclusion de Ghost in the Shell et la fusion du Major Motoko Kusanagi, agent cyborg de la Section 9, et de l’intelligence artificielle émergente surnommée le Marionnettiste. Durant cet intervalle, Motoko a absorbé plusieurs consciences supplémentaires, devenant un être composite se faisant désormais appeler Motoko Aramaki.

L’une des particularités de Man-Machine Interface est que l’intégralité de son intrigue se déroule en l’espace de quelques heures, le 6 mars 2035. Durant le prologue, on retrouve un autre Aramaki, celui qui commande la Section 9, en visite avec un Batou alopécique dans une sorte de temple techno-bouddhiste. À 5h05 du matin, une enquêtrice de la Division Psychique, Tamaki Tamai, pressent que l’équilibre du monde va être bouleversé, et que Motoko Aramaki va être au cœur des événements à venir.

  

Ce même jour, à 5h45 du matin, Motoko Aramaki se trouve sur un bateau, au large de la cité artificielle de la mégacorporation Poseidon Industrial (une référence qui laisse supposer que Ghost in the Shell se déroule en réalité dans le même univers qu’une autre série de Shirow, Appleseed). Motoko tombe un peu par hasard sur un sous-marin pirate, dont l’équipage vient d’assassiner le Professeur Rahampol, un éminent chercheur spécialiste de l’émergence des formes de vie à base de silicium. Après avoir hacké le vaisseau pirate, Motoko se retrouve en possession des données du professeur, sans savoir qu’elle vient de mettre la main sur la clé de la prochaine évolution.

Une petite précision s’impose : Motoko ne se trouve en réalité pas vraiment sur le bateau ou dans le sous-marin. Depuis sa fusion, elle est devenue une entité numérique, occupant divers corps aux quatre coins du monde tout en naviguant à travers le cyberespace. Cela signifie qu’elle est également plusieurs personnes à la fois : une mercenaire de l’ombre travaillant pour divers commanditaires, la chef de la sécurité de Poseidon… Elle est véritablement devenue un fantôme occupant une série de coquilles vides au gré de ses envies et de ses besoins.

Alors qu’avance la journée du 3 mars et que Motoko fait face à diverses situations de crise à l’intérieur de plusieurs corps d’emprunt (certains lui appartenant, d’autres piratés à la volée faute d’alternative), elle commence à soupçonner que ces situations sont liées entre elles, orchestrée par un ennemi tout aussi à l’aise qu’elle dans le cyberespace. Se peut-il qu’il existe dans le net une autre entité comme elle ? Rapidement, Motoko se retrouve sur la piste de la mystérieuse Millenium, qui semble être à la tête d’un culte nommé Stabat Mater…

Ce qui suit est un spoiler, mettre en surbrillance pour afficher le texte : Après avoir affronté Millenium dans le cyberespace, Motoko Aramaki découvre l’implication d’une autre entité, agissant depuis une station spatiale top-secrète n’apparaissant dans aucun registre. Des corps y sont conservés dans des cryo-tubes, tandis que leur conscience est connectée au cyberespace. Motoko décide de confronter cette nouvelle ennemie mais est rapidement maîtrisée par celle-ci : il s’agit de la Motoko Kusanagi “originale”, l’héroïne de Ghost in the Shell. Après sa fusion avec le Projet 2501, Motoko a donné naissance à des répliques d’elle-même à travers le cyberespace, dont Motoko Aramaki (Motoko-11) et Millenium (Motoko-20). Elle propose à Motoko-11 de réintégrer la conscience principale, afin de déchiffrer ensemble les notes du professeur Rahampol afin de devenir une nouvelle forme de vie. Il est 13h54.

  

Suite du spoiler : L’épilogue du manga commence à 5h35, quelques minutes après la fin du prologue. Après avoir discuté avec plusieurs incarnations de Kusanagi, la médium Tamaki Tamai assiste à la naissance (dans le futur) de la nouvelle entité. Le prêtre du temple techno-bouddhiste explique que le futur est désormais le présent : au même instant, à l’autre bout du monde, Motoko-11 vient d’obtenir les notes du Professeur Rahampol, bouclant la boucle temporelle…

Man-Machine Interface se démarque des autres mangas par le grand nombre de planches en couleur et l’utilisation massive d’images de synthèse, pour un résultat qui semble assez daté aujourd’hui. Une partie du manga reste néanmoins constituée de planches en noir et blanc d’une très grande finesse graphique. C’est finalement dans ces planches “à l’ancienne” que l’artiste se montre au sommet de son art.

Man-Machine Interface, plus encore que son prédécesseur, demande plusieurs lectures avant de prendre tout son sens. La réflexion philosophique, entrecoupée de concepts tirés des religions bouddhistes et shinto assez opaques pour le lecteur occidental, n’est pas simplifiée par la multiplication des avatars de Motoko.

Si l’histoire racontée reste intéressante, à défaut d’être limpide, difficile de ne pas se dire que le mangaka semble parfois surtout chercher une excuse pour dessiner de belles femmes flottant dans le cyberespace dans des positions lascives ou combattant des cyborgs tout en montrant leur petite culotte. Shirow, pervers cyber-pépère ?

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