Ghost in the Shell // Rupert Sanders

J’avoue que je n’étais pas très optimiste en me rendant au cinéma pour voir l’adaptation live de Ghost in the Shell. Après deux décennies dans le development hell d’Hollywood, le long-métrage a su faire parler de lui avant même sa sortie en salles. Du choix du réalisateur Rupert Sanders (responsable de l’insipide Blanche-Neige et le Chasseur) aux accusations des white-washing lors de l’annonce du choix de Scarlett Johansson pour le rôle principal, sans oublier une campagne marketing faisant craindre les pires clichés scénaristiques du cinéma américain, beaucoup sur Internet condamnaient le film avant même de l’avoir vu. Mais si Ghost in the Shell a beaucoup de défauts, il s’avère après visionnage être un film d’action cyberpunk sympathique, à la réalisation maîtrisée et aux visuels spectaculaires. Même le casting de Johansson a du sens dans le contexte du film, pour des raisons qu’on ne révélera pas ici.

Ghost in the Shell se déroule donc dans un futur proche, dans les rues mal-famées de Newport City, mégalopole futuriste située dans un pays non-identifié. Newport City, aux grattes-ciel illuminés de gigantesques hologrammes, possède une population cosmopolite mais une atmosphère résolument asiatique, entre Hong Kong et Tôkyô, avec ses restaurants de râmen et ses boîtes de nuit tenues par le Yakuza. C’est là qu’opère la Section 9, une unité anti-terroriste rendant des comptes directement au Premier Ministre. On retrouve dans ses rangs quasiment tous les membres aperçus dans les versions papier et animées de Ghost in the Shell, relativement identifiables malgré quelques changements d’ethnicités : Aramaki (“Beat” Takeshi Kitano), Batou (Pilou Asbæk), Togusa (Chin Han), Ishikawa (Lasarus Ratuere), Saito (Yutaka Izumihara) et Bôma (Tawanda Manyimo). Et évidemment, Scarlett Johansson dans le rôle du Major.

Le Major, dans cette version, est Mira Killian, seule survivante d’un attentat qui a tué toute sa famille. Le cerveau de Mira, seule partie de son corps restée intacte, a été placé dans une nouvelle enveloppe entièrement cybernétique conçue par la mégacorporation Hanka Robotics. Machine pilotée par un esprit humain — le fameux “ghost” — le Major n’est rien d’autre qu’un nouveau type d’arme et la promesse d’affaires florissantes pour le P-DG de la corporation, M. Cutter. Bientôt, la Section 9 doit mener l’enquête sur une série d’assassinats visant les principaux scientifiques de Hanka, commandités par un hacker aux capacités hors du commun se faisant appeler Kuze (Michael Pitt). Mais la traque de Kuze réveille d’étranges émotions chez le Major, des “glitchs” qui commencent à lui faire douter de la réalité de ses souvenirs…

Si vous trouvez que tout cela rappelle quand même beaucoup le scénario de RoboCop, vous avez raison. Cette version live de Ghost in the Shell évoque fréquemment une version féminine de RoboCop transposé dans l’univers cyberpunk créé par Masamune Shirow. En soi, ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose, et fonctionne même plutôt bien comme “origin story” pour le Major, mais cela rend l’intrigue très prévisible. Il est également dommage que le film soit à ce point obsédé par la recréation des scènes emblématiques du long-métrage animé de Mamoru Oshii de 1995. Car plus que le manga de Shirow, ce sont les versions animées qui sont l’inspiration principale de Rupert Sanders, de ses scénaristes et de ses artistes conceptuels.

Si Mamoru Oshii avait eu l’intelligence de piocher dans l’ensemble du manga de Shirow pour proposer un tout cohérent, Sanders remixe à son tour le film d’Oshii avec des éléments issus de sa suite Innocence (les robots geisha), et avec en fil rouge une nouvelle histoire vaguement inspirée de celle de la série Ghost in the Shell : Stand Alone Complex 2nd Gig (où il est justement question des origines du Major et où apparaît le personnage de Kuze). Sanders pousse l’hommage jusqu’à inclure Gabriel, le basset hound d’Oshii, dans le film ! Dans une autre scène, le Major porte un costume rouge similaire à celui de la récente série Ghost in the Shell : ARISE

Et c’est là que se situe, à mon sens, la plus grosse faiblesse de Ghost in the Shell : cette version live ne sait pas ce qu’elle veut raconter, si elle veut proposer une histoire inédite (à défaut d’être originale) inspirée des différentes incarnations de Ghost in the Shell, ou être un remake direct du film de 1995. S’il avait plus franchement assumé d’être une sorte de préquelle, le film aurait sûrement été moins frustrant et aurait pu développer un arc narratif plus fort.

Et c’est d’autant plus regrettable que, visuellement parlant, il s’agit probablement de l’un des films les plus cyberpunks jamais vus au cinéma.

Inspiration Shadowrun : Un hacker de génie commet des meurtres en piratant les implants cybernétiques de citoyens innocents. Ses actes semblent motivés par l’envie de se venger des actions d’une mégacorporation spécialisée dans la robotique. Mr. Johnson recrute les runners pour en apprendre plus sur Kuze, mais ils ne tardent pas à découvrir qu’ils ont plus en commun avec le hacker qu’ils l’imaginaient… et que leurs souvenirs ne sont peut-être pas aussi fiables qu’ils le pensaient. Mais quand sa propre mémoire peut être trafiquée, qui croire, et à qui faire confiance ?

3 thoughts on “Ghost in the Shell // Rupert Sanders

  1. Ghislain

    Je n’ai pas la même lecture du film, concernant ta conclusion : pour moi, cette version live sait parfaitement où elle va, et en assume les limites. Elle se veut une Origin Story qui sait creuser son propre sillon dans cet univers et l’histoire de c personnage, quitte à faire des choix (sur l’origine et la simplicité de l’intrigue) qui ne feront pas l’unanimité (les limites d’un traitement holywoodien qui aurait pu être plus ambitieux, certes), pour mieux se libérer du carcan des 2 films et des séries. Le tout sans oublier d’où elle (l’adpatation live) vient, rendant hommage à ses sources par d’innombrables tableaux inspirés (mais toujours au moins en léger décalage par rapport à la source, que ce soit au niveau du moment, du contexte ou partie du scénario où ce tableau s’insert), ce qui à mon sens est malin et permet de plonger le fan dans une imagerie familière sans lui rediffuser ce qu’il a déjà vu, comme certains le craignaient.

    Tout ne m’a pas plu, loin de là, mais globalement ma conclusion est “ouf” 🙂

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    1. Opsys Post author

      Ah mais je suis content qu’on puisse avoir des lectures très différentes des films 🙂 C’est surtout les séquences reproduites à l’identique (au cadrage près) qui m’ont gêné.
      Mais au final j’ai quand même passé un bon moment.

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  2. Ghislain

    Moi ces séquences, comme je le dis, elles m’ont plu, et même, vu le matériel promotionnel, je n’aurais pas compris qu’elles ne soient pas là. Pour moi, elles fonctionnent de par le décalage qu’il y a toujours ou presque dans leur usage.

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