Bright // David Ayer

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Lorsque Netflix a annoncé la sortie de Bright, son premier long-métrage, nombreux sont les fans de Shadowrun à avoir trouvé l’univers créé par le scénariste Max Landis (Chronicle) un brin familier. Une réalité alternative et dystopique où cohabitent humains et races magiques (orcs, elfes, nains)… il ne manquait guère que la Matrice et le cyberware pour se sentir à la maison.

Avec son budget de 90 millions de dollars et la présence au cast de quelques noms connus (Will Smith en tête, mais aussi Noomi Rapace), Bright témoigne de l’ambition de Netflix de s’imposer comme une alternative viable aux studios de cinéma traditionnels. Et si les critiques dans la presse se sont révélées catastrophiques (“désastre embarrassant”, “pire film de l’année”…), l’accueil des téléspectateurs s’est avéré nettement plus chaleureux.

Ayant vu le film, je dois bien admettre que si Bright n’est pas un chef-d’œuvre et que son univers manque de profondeur, parler de désastre me semble excessif. J’ai même passé un bon moment devant Bright, que j’ai d’ailleurs trouvé nettement plus réussi que le précédent film du réalisateur David Ayer, Suicide Squad.

Bright se déroule donc sur une Terre alternative. 2000 ans plus tôt, le monde a dû faire face à la menace du Seigneur des Ténèbres, un tyran elfe aux pouvoirs magiques immenses. Toutes les races s’unirent pour vaincre la menace… à l’exception des orcs, qui choisirent de s’allier au despote. Deux millénaires plus tard, les orcs doivent toujours expier cette décision, et continuent d’être maltraités par les autres races. Et ce, alors même qu’un héros orc, Jirak, fut celui qui mena l’alliance contre le Seigneur des Ténèbres, et que les elfes ne semblent pour leur part souffrir d’aucune conséquence alors que le tyran appartenait à leur propre espèce. Mais ce n’est qu’une injustice parmi d’autres.

Depuis cette époque, l’utilisation de la magie est devenue illégale. Seule une poignée d’individus en sont capables, principalement des elfes : on nomme “Brights” ceux qui ont ce don. Les Brights son traqués par la Magic Task Force, une branche du FBI spécialisée dans les crimes à caractère thaumaturgique. L’elfe Kantomere (Édgar Ramírez) est l’un des membres de la MTF ; cela fait 20 ans qu’il traque les Inferni, un culte elfique mené par l’implacable Leilah (Noomi Rapace), et dédié à la résurrection du Seigneur des Ténèbres…

L’histoire se déroule à Los Angeles, à l’époque contemporaine. Daryl Ward (Will Smith) est un flic désabusé forcé de faire équipe avec Nick Jakoby (Joel Edgerton), le premier orc à rejoindre les rangs de la police. Ward n’était déjà pas très emballé à l’idée d’avoir un orc pour partenaire, mais leurs relations sont devenues encore plus tendues depuis qu’un gangster orc a failli le tuer. Jakoby n’a pas réussi à attraper le tireur, et certains le soupçonnent même de l’avoir sciemment laissé s’enfuir. Ne dit-on pas qu’un orc n’est capable de loyauté qu’envers les siens ? Peu importe qu’en rejoignant la police, Nick s’est mis à dos le reste de sa communauté, qui le voit désormais comme un traître…

Alors que Ward vient de reprendre du service, le duo doit intervenir dans un local appartenant au Bouclier de Lumière, un groupe clandestin qui préconise l’utilisation de la magie pour protéger le monde. À l’intérieur, Ward et Jakoby découvrent des corps atrocement mutilés par ce qui ne peut être que de la magie, ainsi qu’une survivante, la jeune elfe Tikka (Lucy Fry).

Mais ils mettent aussi et surtout la main sur une baguette magique, un artéfact que l’on dit capable d’exaucer les souhaits. Tandis que la baguette attise toutes les convoitises et exacerbe les tensions communautaires dans les bas-fonds de Los Angeles, Ward, Jakoby et Tikka se retrouvent également traqués par les impitoyables Inferni… Seuls contre tous ou presque, parviendront-ils à survivre à ce qui s’annonce comme la plus longue nuit de leur vie ?

Bright fonctionne plutôt bien dans sa première moitié, lorsque Landis et Ayer établissent leur univers et s’amusent des interactions entre Ward et Jakoby (qui m’ont d’ailleurs fortement rappelé celles du duo d’Almost Human). Le film devient un peu brouillon par la suite, lorsqu’il se transforme en longue course-poursuite ponctuée de fusillades entre le trio de héros et leurs (nombreux) poursuivants. Les Inferni sont des vilains charismatiques et menaçants, et les scènes où ils apparaissent sont souvent spectaculaires, mais leurs motivations sont assez floues…

Et c’est un peu le souci principal de Bright. L’histoire suit fidèlement les poncifs du buddy movie (impossible de ne pas penser au classique Alien Nation), mais n’offre que peu de contexte sur les forces en présence. On aimerait en savoir plus sur le Bouclier de Lumière ou les Inferni, ou qui était ce fameux Seigneur des Ténèbres, ou même comment un monde où humains, elfes et orcs cohabitent depuis 2000 ans peut être aussi semblable au nôtre (Shadowrun a au moins l’excuse que la magie n’est réapparue qu’en 2011). Netflix a souhaité faire un film, mais l’univers de Bright aurait peut-être mieux fonctionné sous forme de série ; cela aurait donné l’opportunité d’explorer plus en détail ses différentes facettes.

Et à en juger par certaines réactions outre-atlantique, Bright se révèle plus que maladroit lorsqu’il tente de se servir de ses créatures magiques pour faire un commentaire sur la société américaine et ses inégalités sociales et raciales…

Au final, si on peut légitimement penser que Max Landis connaissait Shadowrun avant d’écrire Bright, l’univers qu’il a concocté semble plutôt extrapolé à partir de celui du Seigneur des Anneaux, transposé 2000 ans après la défaite de Sauron. Bright n’en reste pas moins ce qui se rapproche le plus d’un film Shadowrun ; j’imagine que le long-métrage de Netflix sera du coup utile aux meneurs de jeu pour expliquer le concept du Sixième Monde à des nouveaux venus. C’est toujours ça de pris.

Inspiration Shadowrun : les différents gangs des Barrens sont en émoi : quelqu’un aurait mis la main sur une ancienne baguette datant du précédent âge magique. Les runners se retrouvent en possession de la patate chaude, mais seuls une poignée d’élus peuvent en exploiter le pouvoir ; les autres se retrouvent éparpillés au quatre coins du métroplexe façon puzzle. À qui confier l’objet, et à quel prix ? Les runners vont devoir rapidement se décider, car un mystérieux trio d’elfes est déterminé à récupérer la baguette, et ne laisse que des cadavres sur son passage…

1 thought on “Bright // David Ayer

  1. Jeanquille

    Je me connectais justement au site pour te demander ce que tu en avais pensé 🙂

    En ce qui me concerne j’ai conscience d’avoir
    apprécié le film à cause de sa filiation avec Shadowrun. Au delà de ça c’est un film très vite oubliable qui ne fait que survoler les sujets qu’il aborde. Cela dit je serais capable de lui pardonner ses errances s’il s’agit véritablement d’un chapitre d’introduction s’inscrivant dans une trilogie ( ce qui se murmure sur les internets ).

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