Shadowrun au Japon, partie 4

Le Manga

En 1996, dans le cadre d’un plan marketing pour la sortie de son Tokyo Sourcebook, Fujimi-Shobo sort également un manga Shadowrun se déroulant justement à Tokyo. Ce manga fut publié dans la collection Dragon Comics de l’éditeur Kadokawa Shoten (vous l’aviez deviné).

A ce moment, Shiki Satoshi a quitté Kadokawa après l’annulation de la publication de ses deux manga chez l’éditeur. C’est donc vers un autre dessinateur, Saiki Kazuma, que Kadokawa se tourne pour dessiner le manga Shadowrun. La série sera publiée jusqu’en 1998 et compilée en cinq recueils. Des fans ont commencé à les traduire, vous pouvez retrouver leur travail sur cette page.

Le style de dessin très particulier de Saiki, extrêmement anguleux, demande un temps d’adaptation. Le mangaka semble clairement plus à l’aise avec les mechas qu’avec les personnages. Toutefois, même si son style peut rebuter, force est d’admettre qu’il excelle dans les scènes d’action. Et son manga Shadowrun n’en manque pas.

On y suit les aventures d’un groupe de six shadowrunners : Hashizho, un mage de combat pratiquant le fameux Onmyo-do, Sharon, une decker elfe assez peu pudique (les autres personnages la trouvent souvent dans son plus simple appareil), Hikaru, une jeune fille adepte physique, Mitia, une chamane suivant le totem Chat, Gray, un ancien agent corporatiste devenu freelance, et enfin Face, une Samouraï des Rues.

Il faut noter que Face est un parfait exemple des quelques entorses que le manga fait à l’univers Shadowrun : elle ressemble davantage à un robot hi-tech qu’à un samouraï des rues classique. Comme elle, de nombreux cyborgs rencontrés dans le manga possèdent un visage entièrement artificiel et lisse (avec des antennes / oreilles qui rappellent Briaeros dans le manga Appleseed de Shirow Masamune). Une des histoires fait apparaître des armures exosquelettes au niveau technologique bien supérieur à celui du jeu de rôles.

L’autre chose qui surprend dans le manga est la quantité de destruction engendrée par les aventures d’Hashizho et son équipe. Chaque volume compte au moins une scène où un immeuble se fait réduire en miettes. Même si Tokyo est supposé être une ville en reconstruction dans la version de Group SNE, les méthodes de ces shadowrunners manquent quand même un brin de discrétion…

Ceci étant dit, le joueur retrouvera de nombreux passages fidèles au déroulement d’une partie du jeu de rôles : discussions avec les contacts, négociations pour obtenir du matériel, recherches dans la Matrice, rigging, voyages dans l’espace astral, et ainsi de suite. Les références au Tokyo Sourcebook sont nombreuses : un flashback montre par exemple que Mitia a vécu les affrontements corporatistes ayant dévasté la ville en 2035, et l’auteur promène ses protagonistes dans les différents quartiers décrits dans le supplément.

L’histoire en elle-même est découpée en plusieurs “scénarios” et “campagnes”. Après quelques missions sans rapport entre elles, les shadowrunners sont recrutés par une femme nommée Katakura Kazumi. L’intrigue n’est pas évidente à décrypter, mais il semble que les runners se retrouvent au cœur d’une lutte de pouvoir entre Kazumi et sa sœur Masumi, pour le contrôle de Katakura Corporation. Masumi, cybernétisée d’une façon similaire à Face, est l’antagoniste principal dans les volumes 2 et 3 du manga, avant d’être éliminée lors d’un combat apocalyptique contre Hashizho (qui utilise au passage un rituel avec son propre sang, ce qui n’est pas censé être une pratique très recommandable…)

Après quelques épisodes indépendants, l’histoire attaque son deuxième arc principal, dans lequel les runners sont recrutés par une femme elfe (apparemment membre de l’armée). L’intrigue tourne autour du vol d’un hélicoptère hi-tech par des terroristes. Cet arc se poursuit jusqu’à la fin du manga.

Au final, même si son ambiance est assez différente de l’univers “canon” de Shadowrun, le manga de Saiki Kazuma est une lecture intéressante, ne serait-ce que pour ses scènes d’action échevelées (les dogfights de la deuxième “campagne” sont particulièrement impressionnants.)

A noter que FASA ont semble-t-il apprécié le travail de Saiki Kazuma, puisqu’ils donnèrent son nom à un PNJ de l’univers de Shadowrun : apparaissant dans Terres d’Eveil, publié en 2001 en anglais, c’est le patron de Saiki Corporation et le chef du Yakuza australien.

Le manga Shadowrun sera la dernière production de Fujimi-Shobo / Kodakawa / Group SNE pour Shadowrun. Lorsque le jeu reviendra au Japon, ce sera avec la quatrième édition et entre les mains d’un autre éditeur : Arclight.

« Partie 3  |  Revenir au sommaire  |  Partie 5 »

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *