Fire & Frost // Kai O’Connal

Paru en août 2014, Fire & Frost signait le grand retour des romans Shadowrun, après plusieurs années de disette. Malheureusement, l’aventure concoctée par Kai O’Connal, sans être non plus catastrophique, traîne de nombreuses casseroles.

Le roman a pour personnage principal le membre de Jackpoint Elijah Tish, archéologue et arcaniste spécialisé dans l’authentification d’artéfacts anciens. Recruté par Mr. Johnson pour s’emparer de la mystérieuse Carte de Piri Reis, tombée entre les mains de l’organisation occulte Aleph Society, Elijah va constituer une équipe de runners pour l’épauler dans cette mission périlleuse : l’adepte Kyrie, le Troll samouraï des rues Pineapple, la rigger Cao (une “gobeline”, c’est-à-dire une Naine infectée par le VVHMH), et le hacker Leung. Elijah lui-même n’est pas totalement sans défense, étant un mage tout à fait compétent.

Talonnés par une mystérieuse organisation rivale menée par un mage Troll nommé Tempest, Elijah et son équipe devront donc d’abord se rendre à Chicago, en pleine Zone de Quarantaine, puisque c’est là que se terre l’Aleph Society. Leur quête les mènera ensuite à Metropôle, au cœur de la nation amazonienne, et même jusque dans les glaces de l’Antarctique, où dort un secret immémorial…

Le problème de Fire & Frost n’est pas son synopsis, très correct, qui trouve le juste équilibre entre l’aventure façon Indiana Jones et ce que l’on peut attendre d’une histoire se déroulant dans le monde de Shadowrun. Le roman parvient également à mettre en scène de façon efficace les dissensions qui peuvent naître au sein d’un groupe de runners lorsque certains sont motivés par la curiosité et l’envie d’aller au fond d’un mystère, tandis que d’autres souhaitent juste être payés et passer à autre chose.

Hélas, Fire & Frost est également parsemé d’incohérences, plus ou moins graves, plus ou moins visibles, mais dont la récurrence parasite constamment la lecture. Cette dissonance donne l’impression que le roman a été en partie réécrit avant sa publication. Ma théorie est que l’histoire de Kai O’Connal devait à l’origine se dérouler en plein “Artifact Rush” et coïncider avec la publication des aventures Dawn of the Artifacts / Artifacts Unbound (d’où la présence de la Carte de Piri Reis, issue de ces aventures, en guise de “MacGuffin”). Or, on sait tous que la publication de cette série d’aventures a été quelque peu… chaotique. En parallèle, la publication des nouveaux romans a été plusieurs fois repoussée pour cause de mic-mac juridique quant aux droits de la marque Shadowrun sous forme littéraire.

Du coup, l’arc des artéfacts est désormais loin derrière nous, Shadowrun est passé à sa cinquième édition, et la chronologie de son univers a fait un bond de plusieurs années dans le futur. L’auteur tente une pirouette en cours de route pour recoller les wagons (ce ne serait pas “la” Carte de Piri Reis, mais une copie), mais cette explication semble artificielle, et n’a pas vraiment de sens dans le contexte de l’histoire.

Et cela n’excuse pas non plus les nombreuses maladresses d’écriture. Descriptions qui virent à la liste d’équipement, informations essentielles sur certains personnages qui ne sont mentionnées que tardivement (on apprend ainsi, aux trois-quart du livre, que Kyrie est une Elfe), ellipses à répétition… Erreurs de jeunesse d’un auteur manquant d’expérience ? Plus frustrant encore, le dénouement laisse de nombreuses questions en suspens, un peu trop à mon goût.

Bref, Fire & Frost ne rentrera pas au panthéon des grands romans Shadowrun. On espère que les ouvrages à venir relèveront le niveau.

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